À la gloire passée des vers français

Bienvenue au jardin des délices.

La Loreley

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l’évêque la fit citer 
D’avance il l’absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries 
De quel magicien tiens-tu ta sorcelerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits 
Ceux qui m’ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley 
Qu’un autre te condamne tu m’as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge 
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain 
Faites-moi donc mourir puisque je n’aime rien

Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure 
Si je me regardais il faudrait que j’en meure

Mon coeur me fait si mal depuis qu’il n’est plus là
Mon coeur me fit si mal du jour où il s’en alla

L’évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu’au couvent cette femme en démence

Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vétue de noir et blanc

Puis ils s’en allèrent sur la route tous les quatre
la Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le feuve 
Puis j’irai au couvent des vierges et des veuves

Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s’en vient une nacelle
Et mon amant s’y tient il m’a vue il m’appelle

Mon coeur devient si doux c’est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

-Guillaume Apollinaire

Croquis de Banlieue

L’homme, en manches de veste et, sous son chapeau noir,
A cause du soleil, ayant mis son mouchoir,
Tire gaillardement la petite voiture,
Pour faire prendre l’air à sa progéniture,
Deux bébés, l’un qui dort, l’autre suçant son doigt.
La femme suit et pousse, ainsi qu’elle le doit,

Très-lasse, et sous son bras portant la redingote ;
Et l’on s’en va dîner dans une humble gargote
Où sur le mur est peint – vous savez ? à Clamart ! –
Un lapin mort, avec trois billes de billard.

-François Coppée, Le Cahier Rouge

“Dieses vor allem: fragen Sie sich in der stillsten Stunde Ihrer Nacht: muß ich schreiben? Graben Sie in sich nach einer tiefen Antwort. Und wenn diese zustimmend lauten sollte, wenn Sie mit einem starken und einfachen “ich muß” dieser ernsten Frage begegnen dürfen, dann bauen Sie Ihr Leben nach dieser Notwendigkeit; Ihr Leben bis hinein in seine gleichgültigste und geringste Stunde muß ein Zeichen und Zeugnis werden diesem Drange.”

—   Rainer Maria Rilke, Briefe an einen jungen Dichter. (1903)

“C’est cela avant tout: demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit: suis-je contraint d’écrire? Creusez en vous même jusqu’à trouver une réponse profonde. Et si elle devait être positive, s’il vous est permis de faire face à cette question sérieuse par un simple et fort “J’y suis contraint”, alors construisez votre vie en fonction de cette nécessité; votre vie doit être, jusqu’en son heure la plus indifférente et la plus infime, signe et témoignage de cet irrépressible besoin.”

—   Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète. (1903)

“La parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée.”

—   Gabriel Malagrida.
other-wordly:

pronunciation | ‘sA-pE-O-“se-xU-al
un-ange-devaste-par-lhumour:

 Il est grand temps de rallumer les étoiles. (Apollinaire)
Tableau: Alphonse Osbert (1857 - 1939)

un-ange-devaste-par-lhumour:

 Il est grand temps de rallumer les étoiles. (Apollinaire)

Tableau: Alphonse Osbert (1857 - 1939)

“L’importance! Monsieur, n’est-ce rien? Le respect des sots, l’ébahissement des enfants, l’envie des riches, le mépris du sage.”

—   A. Barnave
La Vierge Consolatrice, William-Adolphe Bouguereau (1877)

La Vierge Consolatrice, William-Adolphe Bouguereau (1877)

LES ANNEES SOMBRES 

le chagrin fou de l’enfance 

ses émotions le débordent le mettent en charpie 

il se défie des adultes et se mure dans le silence 

l’ennui l’ennui des heures interminables 

quand il garde ses vaches 

assiste aux messes du petit matin 

dans l’église ténébreuse 

chaque soir il est terrorisé 

quand il descend dans l’antre noir 

pour y chercher du vin 

la joie qu’il éprouve un matin de Noël 

à voir une orange glissée dans sa galoche 

cette stupeur qui le saisit 

quand celle qu’il croyait être sa mère 

lui apprend que sa mère vient de mourir 

puis à douze ans 

loin de la mère au grand cœur 

il se retrouve dans une caserne 

où il va rester huit ans 

et ce fut sa chance 

les brûlures le chagrin fou 

d’une enfance disloquée 

-Charles Juliet